La malnutrition en 2013
868 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde et trois millions d’enfants en meurent chaque année.165 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition (retard de croissance, retard de développement cognitif, santé fragile), et ne pourront pas pleinement contribuer à l’âge adulte au développement de leur pays. La faim comme la malnutrition alimentent le cercle vicieux de la pauvreté.
Lors du 39e sommet du G8 à Lough Erne (Irlande du Nord) les 17 et 18 juin 2013, les chefs d’États ont pris des engagements pour la sécurité nutritionnelle, suite au G8 « nutrition pour la croissance » du 8 juin. Avec 37 ans d’actions pour la sécurité alimentaire et 20 ans dans la prévention de la malnutrition infantile dans les pays du Sud, le Gret défend la nécessité de reconnaître les enjeux spécifiques de sécurité alimentaire et de sécurité nutritionnelle, dont l’amalgame aboutit à une dilution des engagements, au détriment de l’atteinte des objectifs mondiaux.
La malnutrition est causée par une alimentation inadéquate, la mauvaise qualité des soins et l’occurrence des maladies chez les femmes et les enfants. Dans la fenêtre des 1000 jours après la naissance, les soins préventifs et curatifs, la qualité de l’environnement (eau, assainissement), mais aussi l’alimentation très spécifique nécessaire à l’enfant (allaitement maternel, aliments de complément fortifiés) sont déterminants. Pourtant, malgré ce besoin d’approche multisectorielle sur ces différents déterminants de la malnutrition, les politiques actuelles de coopération tendent à y répondre par la seule production agricole! Si ces années dernières, l’ambition des spécialistes de la nutrition se limitait à inciter les stratégies sectorielles existantes à intégrer des actions en matière de nutrition, la Conférence internationale contre la malnutrition infantile de l’Unicef en mai 2013 marque un tournant. L’intérêt grandissant des bailleurs et la nécessité d’en faire, pour la combattre, un objectif à part entière, sont désormais démontrés. Malnutrition et développement agricole répondent à des besoins, des stratégies d’intervention et des logiques différenciées. En amalgamant systématiquement le développement agricole (souvent réduit à sa portion congrue de production agricole) et la situation nutritionnelle des femmes et des enfants, les États diluent les engagements financiers et politiques au détriment de l’efficacité des réponses apportées à deux problèmes majeurs de l’Afrique. Pour preuve, seuls 7% des investissements de la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition, créée par le G8 de Camp David en 2012, mentionnent la dimension nutritionnelle !
Sous l’impulsion de la Grande-Bretagne, le mouvement Scaling up nutrition veut renforcer la dimension nutritionnelle de la Nouvelle alliance et renforcer les engagements des politiques publiques pour « améliorer les impacts nutritionnels des investissements privés existants ou à venir ». Si le Gret se réjouit de cette impulsion du gouvernement britannique, la dimension de l’investissement privé n’est pas suffisante. À l’occasion d’une rencontre avec la société civile en amont du G8 de Lough Erne, le 13 juin 2013, le Gret a porté auprès du Président de la République François Hollande, plusieurs recommandations en faveur d’une position ambitieuse de la France sur les questions de sécurité nutritionnelle auprès de ses partenaires internationaux.
