Obèse et en bonne santé : possible ?
Les kilos en trop ont toujours un impact sur la santé, même quand on ne souffre ni d'hypertension, ni de diabète ou ni d'autre problème métabolique. D’après des chercheurs canadiens qui publient leurs résultats dans Annals of Internal Medicine, l’idée que l’on puisse être obèse et en bonne santé relèverait bien du mythe. Une étude qui va alimenter la polémique parmi les chercheurs. Certaines personnes obèses ne souffrent ni d’hypertension, ni d’hyperglycémie, ni de maladie chronique. Elles pourraient paraître en bonne santé. Certains travaux ont même suggéré que les personnes en léger surpoids vivraient plus longtemps. C'est le « paradoxe de l’obésité ».
Une polémique à ce sujet oppose depuis l’hiver dernier le Pr Walter Willett, de l’Ecole de santé publique de Harvard, à Katherine Flegal, une épidémiologiste au Centre national de statistiques de santé à Hyattsville, (Maryland). Flegal a publié le 2 janvier 2013 une méta-analyse de 97 études portant sur 2,88 millions de personnes, dans le Journal de l'American Medical Association. Selon cette méta-analyse, les personnes en surpoids seraient moins susceptibles de mourir (-6%) que celles ayant un poids «normal». Réplique inhabituellement cinglante de Willett le 20 février dans l’auditorium de Harvard : «Cette étude est vraiment un tas d'ordures, et personne ne devrait perdre son temps à la lire. » Malgré tout, de nombreux chercheurs ont pris le parti de Flegal, qu’ils considèrent comme une illustration fidèle du « paradoxe de l’obésité ».
Etre en surpoids augmente le risque de diabète, de maladies cardiaques, de cancer et d'autres maladies chroniques. Mais selon ces chercheurs, certaines personnes - en particulier celles qui sont d’âges mûrs, ou déjà malades – peuvent bénéficier d’un peu de poids supplémentaire. De son côté, Willett estime que les données sont faussées par la présence dans ces cohortes de personnes ayant perdu du poids du fait de leur maladie, et qui sont donc plus susceptibles de mourir. Dans une étude, les chercheurs de Harvard ont en effet montré que lorsqu’on exclut les femmes fumeuses et celles qui sont mortes au cours des quatre premières années de l'étude il existe une relation linéaire directe entre l’indice de masse corporelle et le risque de décès. Pour approfondir cette question très controversée, les chercheurs ont passé en revue 8 études qui ont comparé la santé de personnes obèses ou en surpoids et de personnes plus minces. Ces études ont inclus plus de 61 000 personnes en tout, suivies pendant 10 ans ou plus. Même sans hypertension, diabète ou autres problèmes métaboliques, les personnes obèses et en surpoids avaient des taux plus élevés de décès, de crises cardiaques et d’AVC par rapport à des personnes de poids normal : leur risque augmentait de 24 %.
