Prévention nutritionnelle, bientôt un code pour les aliments

Les aliments auront-ils bientôt une étiquette de couleur selon leur qualité nutritionnelle, comme l’habitat et l’électroménager sont notés en fonction de leurs performances énergétiques ? C'est ce que préconise un rapport du professeur Serge Hercberg (Inserm) sur la prévention nutritionnelle, remis le 28 janvier à la ministre de la santé Marisol Touraine. Dans le cadre de la stratégie nationale de santé, celle-ci avait demandé des propositions concrètes pour donner un nouvel élan au Programme national nutrition santé (PNNS, à mi-parcours de son 3e volet 2011-2015).
Serge Hercberg, qui préside le PNNS depuis sa création, en 2001, a listé au total quinze mesures préventives, dont l’emblématique étiquetage des aliments manufacturés. « Cela fait des années que les associations de consommateurs et les nutritionnistes plaident pour un système simple avec des pastilles de couleur, qui donnent une idée de la qualité nutritionnelle globale, explique-t-il. Pour les consommateurs, c’est une source d'information, permettant de comparer des denrées d’une même famille. »
Serge Hercberg s’est appuyé sur la littérature internationale, les recommandations de groupes d’experts et l’expérience de pays comme le Royaume-Uni, qui a récemment mis en place un système de feux tricolores. « Toutes les analyses systématiques publiées concluent que les systèmes d’information nutritionnelle sont susceptibles d’influencer les consommateurs et que ces effets touchent tous les groupes de population, notamment ceux qui ont les plus faibles niveaux d’éducation, qui sont le plus à risque nutritionnel (obèses, hypertendus) ou qui ont le plus faible intérêt pour la nutrition », écrit-il dans son rapport. Le nutritionniste concède toutefois que « les études portent sur les comportements d’achat à court terme mais ne testent pas l’impact de la mesure mise en place dans la durée ».
S'inspirant du modèle britannique à trois couleurs, Serge Hercberg préconise une échelle plus fine avec cinq couleurs (vert, jaune, orange, fuchsia, rouge). Avantage : « Il est plus facile pour un industriel de faire monter son produit d’une catégorie avec cinq couleurs qu’avec trois. » Mais la méthode de calcul reste la même que celle des Anglais. Pour chaque aliment sont pris en compte quatre éléments plutôt défavorables sur le plan nutritionnel : la densité énergétique (apport calorique pour 100 g), la teneur en sucres simples, en graisses saturées et en sel. Chacun de ces items étant noté de 1 à 10, le score global est donc compris entre 0 (le meilleur sur le plan nutritionnel) et 40. Celui-ci peut cependant être minimisé par la présence dans le produit d’éléments considérés comme favorables pour la santé : fruits ou légumes, fibres, protéines, chacun étant coté de 1 à 5. La note finale peut donc théoriquement aller de – 15 (dans l’idéal) à + 40.